La renaissance de la culture brassicole régionale

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La renaissance de la culture brassicole régionale

Par Nord Actu – Publié le 31 août 2015 à 17 h 08 min

1985 Anno Horibilis : il ne reste plus qu’une vingtaine de brasseries dans la région (il en avait plus de 2000 au début du XXème siècle !) De surcroit, hormis quelques brasseries de terroir, toujours existantes, ces grosses entités industrielles, étrangères pour la plupart, produisent une bière fade et médiocre, à l’image de ceux qui gouvernaient la France d’alors (de ce coté là rien n’a changé contrairement à la bière, mais ceci est une autre histoire…).Cette situation, autant catastrophique qu’elle est, porte les germes d’une révolution portée par ceux qui refusent la destruction de notre savoir-faire ancestral autant que la mondialisation.

L’essor de la brasserie artisanale

Petit à petit, des passionnés se lancent, commençant à produire de la bière en très petite quantité dans leur cuisines pour leurs familles, leurs amis, leur voisins…

Peu à peu l’installation enfle, occupe le garage, on fait appelle à une relation qui sait souder l’inox, on récupère des cuves d’occasion d’une laiterie, obsolètes pour elle, mais qui permettront de faire des brassins de plusieurs hectolitres.

Enfin dernière étape, la professionnalisation pointe le bout de son nez, malgré les banques qui refusent un prêt à l’énergumène qui à l’audace de se lancer dans un projet non viable pour ne pas dire fou.

Dans une région sinistrée économiquement, celui qui de surcroit, vient de se faire licencier, sachant qu’il n’a plus rien à perdre, se jettera dans la bataille sans état d’âme…

C’est là que le miracle se produit, les gens sont lassés de ces produits médiocres, dont on ne connait ni l’origine ni la composition exacte (une lapalissade que l’on peut généraliser à l’ensemble de l’industrie agroalimentaire…), ils veulent de l’authentique, un vrai goût, consommer local, ils ne pourront qu’adhérer à  ce qu’ils goûteront.

La machine s’emballe, les brasseries se multiplient, une partie de la population tournera définitivement le dos aux bières industrielles, dont les ventes sont en diminution constante depuis plus de vingt ans, on ira pas pleurer sur leur sort, j’ai même le vœux pieux (quoique irréaliste…) qu’un jour elles disparaissent définitivement du paysage…

Le territoire régional se constelle d’installations de taille plus ou moins importante, ne produisant parfois que quelques dizaines d’hectolitres par ans jusqu’à quelques dizaines de milliers, là ou la frontière avec les grosses brasseries n’est plus très loin.

Ils n’y a, de nos jours, plus un endroit en Flandre – Artois – Hainaut où on ne se trouve pas à quelques dizaines de kilomètre d’un de ces endroits où se crée le breuvage des Dieux.

Corollaire, plus un habitant de la région qui ne peut accéder à nos délicieux breuvages, entre foires et marchés, cavistes spécialisés, grande distribution qui, une fois n’est pas coutume « joue le jeu », du moins en partie, le fait de se prendre une belle marge étant dans ses gènes, annihilant au passage l’espoir que les plus modestes d’entre nous arrêtent le « pack de Kro »…

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Brasserie artisanale en Flandre Française

 

Le réveil de l’ancrage local et de la culture brassicole 

De même qu’une fusée spatiale se sert de la poussée de son premier étage pour accélérer de plus belle et emmener une partie l’ensemble plus haut encore, cet essaim de brasserie serait bien futile si il ne servait pas un dessein plus grand : celui de promouvoir, à travers notre boisson préférée, une vaste culture dont peu peuvent se vanter d’en percevoir les limites.

En effet la culture brassicole, ce n’est pas que le breuvage en lui-même mais tout ce qui gravite autour : l’agriculture et le milieu rural pour la fourniture des matières premières : ma bière n’a-t-elle pas façonné le visage de certains villages de Flandre qui ne vivaient quasiment que de cette activité (voire de la taille d’une ville comme Poperinge), la recherche technique et scientifique : nouvelles machines, nouveau procédés de fabrication, études dans les domaine de la biochimie, de la microbiologie.

Les arts ne seront pas en reste : les arts culinaires sont une évidence mais poésie, chant et peintures louerons à jamais ce nectar lié au cycle des saisons et des moissons.

« ces événements vont au-delà du rassemblement festif,  ce sont autant des communions que des facteurs de cohésion sociale, le moment tant attendu dans de nombreux villages »

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Affiche officielle 2015 du festival Lupul’in à Meteren

La bière c’est aussi le lieu où on la consomme : l’estaminet en milieu rural, le bistrot en ville   (profitons en pour une petite digression: il faut bannir ici définitivement le mythe de l’estaminet de ville, cet établissement étant, par essence, purement villageois mais le marketing est passé par là et seuls les touristes et autres bobos en mal de folklore tombent dans le panneau de ces attrape-nigauds, ceux qui connaissent bien le Vieux-Lille comprendront…), mais surtout les fêtes villageoises et autre kermesses, socle immuable d’une tradition qui refuse de mourir.

C’est donc bien par là qu’il faut passer pour faire revivre et perdurer cette culture, en effet ces événements vont au-delà du rassemblement festif,  ce sont autant des communions que des facteurs de cohésion sociale, le moment tant attendu dans de nombreux villages.

Loin de l’image d’Epinal de la fameuse Oktober Fest Munichoise qui n’a que peu à voir avec nous, autre lieu, autre temps sans doute…

FIBA à Sainte Marie Cappel (18ème édition !!!), Lupulin à Méteren (5ème édition), Jenlain Festibière (7ème édition), Salon de la Bière de Vendegies sur Ecaillon (10ème édition), Salon Chic N’ Mousse d’Orchies : Vous n’avez plus d’excuse pour ne pas venir en famille avec  enfants et partager ce moment entre bière, gastronomie régionale, artisanat, jeux traditionnels Flamands, découvrir ou redécouvrir, au-delà de ces « réjouissances terrestres »  ce qui est primordial : notre identité.

Karl-Hendrik Vandewalle

 

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