Les Flamands à la conquête de l’Angleterre (3ème partie)

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Par Nord Actu – Publié le 11 octobre 2015 à 18 h 31 min

Dans les numéros précédents de notre série en trois épisodes, nous avions évoqué la place prise par les Flamands dans la conquête de l’Angleterre. Ils avaient été des milliers à suivre Guillaume de Normandie qui avait épousé leur comtesse Mathilde de Flandre. Le rôle des Flamands, considérable dans le succès de Guillaume, est resté méconnu, ceux-ci ayant été intégrés sous le vocable général de « Normands » ou « Anglo-Normands ». Nous avions évoqué leur implantation  au sud du Pays de Galles, dans le Pembrokeshire dès le XIIe siècle. La langue flamande y sera utilisée pendant un siècle dans ce que les Guides touristiques appellent toujours « Little Flanders beyond Wales ». Dans le second article, c’est le rôle de tout premier plan de descendants de compagnons de Guillaume dans les guerres d’indépendance de l’Ecosse que nous avions évoqué.

La plupart des principaux protagonistes de cette histoire sont d’origine flamande, aussi bien Robert BRUCE (descendant d’Adam de Bruges et des seigneurs de Louvain), 1er roi de l’Ecosse indépendante, que ses alliés ou ses opposants : John BALLIOL (Bailleul), John COMYN (Comines), et bien d’autres, dont nous retrouvons souvent les armoiries dans celles des grandes dynasties écossaises : Walter the Fleming, Eustache de Boulogne, Gilbert de Gand/Alost, Arnulf d’Hesdin, les seigneurs de Guines, Béthune (Beaton), Lille, etc. D’autres grandes familles ont une origine flamande comme les Baird, Cameron, Campbell, Douglas, Fleming, Murray, Jenkins, Watkins, Cummings (Comines), etc.

Le rôle des Flamands ne fut pas négligeable sur les plans militaire et politique, mais il fut peut-être encore plus déterminant sur le plan économique. Les historiens anglais évoquent les graves inondations que connut la Flandre au XIIe siècle et la surpopulation qui y régnait pour expliquer un fort afflux de Flamands en Angleterre, simultanément  avec la colonisation menée par Guillaume le Conquérant et ses descendants.

Cependant, les relations entre la Flandre et l’Angleterre ont de tout temps existé et s’expliquent par la proximité géographique et ethnique. Avant la conquête de la Bretagne (ancien nom de l’Angleterre) par César, de nombreuses populations des Bas Pays avaient émigré en Bretagne. Avant notre ère, des colonies germano-belges (Ménapiens et Atrébates) s’étaient fixées de chaque côté du Channel, en Flandre et en Artois, mais aussi autour de Londres. Les Frisons contrôlaient la majeure partie du commerce de l’île avant les invasions des Angles et des Saxons aux Ve et VIe siècles.  Au VIIIe siècle, l’Angleterre était un centre d’érudition qui fournira de nombreux missionnaires pour évangéliser les Bas Pays où une langue très proche était en usage, les plus connus étant Saint Willibrord et Saint Boniface (de son vrai nom Winfried). Aux IXe et Xe siècles, les élites instruites d’Angleterre, dont Alcuin,  chassées par les Danois, se réfugièrent sur le continent. Dès la seconde partie du Xe siècle, le commerce extérieur de Londres annonçait déjà sa future domination mondiale. Grâce à ses relations avec les marchands de Tiel et Dordrecht, les plus grands centres commerciaux de l’époque, la prospérité anglaise augmentera considérablement.

Au XIIe siècle, des marchands flamands et hollandais avaient leurs propres quais privés à Londres et faisaient partie de la Guildhall. Les guildes anglaises et les manufactures industrielles copieront aux XIIe et XIIIe siècles le type d’organisation  flamande, comme les seigneurs anglais avaient déjà copié sur les Flamands l’art de construire des châteaux-forts.

Grâce à l’aide flamande, après le règne d’Edouard I, l’Angleterre devint leader du travail de la laine en Europe et les manufacturiers flamands étaient prospères : « ils se nourrissaient de bœuf gras et de mouton jusqu’à se crever la panse » est-il écrit dans une chronique de l’époque. Des milliers de tisserands, artisans, tisseurs de lin, fabricants de feutre et d’horlogers s’établirent en Angleterre qui n’était alors qu’un pays rural. Les capitaux et l’esprit d’entreprise des Flamands et des Hollandais étaient recherchés. Leurs presses à imprimer étaient réputées et la première Bible anglaise complète vint de Hollande, de même que  les techniques de commercialisation de ce livre.

Dans le sens inverse, il convient de souligner l’implantation de nombreux réfugiés anglo-saxons à l’époque de la conquête, puis plus tard, lors de la Guerre des Roses. Des écrivains comme Chaucer, Wyclif et Thomas Moore séjournèrent quelque temps en Hollande.

Les relations les plus étroites existaient entre l’Angleterre et la Flandre aux XVIe et XVIIe siècles.  L’Angleterre manquait de toutes sortes de manufactures et l’essentiel du commerce était entre les mains flamandes et hollandaises, y compris le marché du poisson.

Cette intense immigration flamando-hollandaise prépara tout naturellement le terrain pour l’arrivée d’un prince hollandais sur le trône d’Angleterre.

Pour une grande part, l’Angleterre dut sa prospérité aux effets des persécutions religieuses dans nos Pays-Bas. En 1527, alors que la population anglaise s’élevait à 5 millions d’habitants, Londres seul comptait 15 000 Flamands. En 1562, 40 000 nouveaux Flamands arrivèrent, et encore autant les années suivantes. D’un autre côté, les persécutions des anabaptistes de Plymouth entraînèrent une immigration de ceux-ci vers la Hollande. Mais Cromwell alla chercher de nouveaux théologiens hollandais comme enseignants. Des milliers de protestants anglais aidèrent les Hollandais dans leur guerre contre les Espagnols. Beaucoup d’entre eux s’installèrent à Leyden et certains s’embarquèrent de là sur le Mayflower pour fonder la Nouvelle Angleterre. Les Quakers, comme beaucoup d’autres sectes, étaient un pur produit du sectarisme hollandais. L’épouse et la mère de William Penn étaient hollandais.

Nos Pays-Bas envoyèrent également quantité d’armuriers, de tapissiers, de miroitiers, d’imprimeurs, d’habiles spécialistes dans le drainage des sols et dans beaucoup d’autres domaines. Les ingénieurs hollandais aidèrent à l’assèchement des marécages de Cambridge, du Suffolk, du Norfolk et de bien d’autres contrées. D’autres immigrants jouèrent un rôle de premier plan dans le développement de l’industrie du coton à Manchester, dans la manufacture d’acier à Newcastle et à Sheffield où ils introduisirent la coutellerie. Les fabricants de feutre furent à l’origine de la chapellerie. Ajoutons à cette liste la fabrication de câbles et de cordages pour la Royal Navy, l’introduction du papier, du savon, du salpêtre, de la soie et de la dentellerie.

En retour, l’Angleterre nous légua la plus importante de ses denrées, le thé !

De tous les voisins de la Flandre et des Pays-Bas, l’Angleterre est le pays le plus proche, tant  par les peuples de souche qui composent ces pays que par la proximité culturelle et même linguistique. L’ancien flamand était presque identique au vieil anglo-saxon parlé  jusqu’au IXe siècle en Angleterre, et que de points communs  également entre les  centaines de  toponymes en –inghem , – hem, -tun, -voorde ou –fort , ici, en Flandre et en Artois, et ceux en –ingham, – -ham, -ton, – ford,  là, en Angleterre ! . Il est jusqu’aux traits de caractère de nos peuples qui ont bien des points communs, le flegme, l’énergie, l’amour du travail et l’esprit d’indépendance, sans compter des goûts identiques dans le domaine des loisirs, et jusqu’à l’usage invétéré de la pipe !

A l’heure de la dissolution programmée des peuples de souche dans le métissage de masse et de l’interdiction de l’enseignement de notre histoire, il était utile de rappeler le souvenir de nos ancêtres sans lesquels nos contrées nordiques (étymologiquement « riveraines de la Mer du Nord ») n’auraient pas pu devenir les plus prospères du monde dans un passé pas si éloigné !

Dirk

Crédit photo: wikipédia (London Guildhall)

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