10 avril 1809 : l’Autriche entre en guerre … et manque la perdre dans la foulée

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Par Nord Actu – Publié le 11 octobre 2015 à 21 h 56 min

L’Archiduc Charles donne le coup d’envoi avec une armée de 130 000 hommes et 262 pièces d’artillerie répartis en sept corps d’armée qui envahissent le royaume de Bavière selon un axe est-ouest, le long du Danube.

Excédé et surtout inquiet des ordres abscons donnés par Berthier, Davout est parvenu à replier lentement ses colonnes vers les troupes bavaroises et le corps d’armée du maréchal Masséna, en « faufilant » ses dizaines de milliers d’hommes entre le Danube et l’armée autrichienne.

L’opération tactique est magistrale et hypothèque d’emblée l’offensive de l’Archiduc Charles.

Elle est aussi facilitée par l’étrange pusillanimité de l’armée autrichienne qui, en situation de briser en deux le dispositif impérial dès le début de la campagne, met un temps si long à déployer ses corps d’armée qu’entre-temps le mal est réparé, et surtout l’empereur arrive sur place le 17 avril.

La situation va alors changer en 48 heures.

Le 19 avril au matin, l’empereur lance une offensive tactique d’une brutalité et d’une rapidité inouïe qui, en quatre jours, va briser en deux le corps de bataille autrichien, rejeter l’essentiel de l’armée de l’Archiduc Charles au nord du Danube cependant que deux corps désemparés, restés au Sud, retraiteront en catastrophe vers Vienne.

Le 20 avril, c’est le Maréchal Lefebvre, à la tête des divisions royales bavaroises et wurtembergeoises, qui est à l’honneur.

A Abensberg, sous les yeux de Napoléon qu’ils acclament, les bavarois se couvrent de gloire en participant activement à la libération de leur royaume.

Leur infanterie percute littéralement le corps d’armée du général Rosenberg qui, manquant d’appui, est mis en semi-déroute.

Dans le même temps, l’ensemble des corps d’armée napoléoniens procède à une marche concentrique dont le but est de couper les autrichiens du Danube et de leurs lignes de repli.

C’est la manoeuvre napoléonienne classique dans toute sa splendeur, qui consiste à retenir l’ennemi au centre de son dispositif cependant que les corps d’armée situés en position latérale se regroupent rapidement pour couper les lignes de communication et, dans l’idéal, contraindre l’adversaire à une bataille à front renversé qui ne peut que s’avérer désastreuse pour lui.

Comment l’Archiduc a-t-il pu laisser ses 130 000 hommes s’avancer ainsi sans réelle coordination entre les différents corps d’armée ?

Toujours est-il que, dès le soir du 19, et sans même en être conscient, son armée était en déséquilibre, avec les franco-bavarois qui se préparaient à frapper au centre cependant que Davout repartait sur son flanc droit vers Ratisbonne et que Masséna démarrait l’autre mâchoire de la tenaille sur le flanc gauche, vers l’Isar.

Le 21 avril, c’est le choc qui déséquilibre définitivement l’Archiduc.

A Eckmühl, l’infanterie française prend la suite des bavarois. En fin d’après-midi aura lieu l’un des plus grands chocs de cavalerie lourde de ces années qui n’en manquèrent pas.

Le commandement autrichien, pour préserver le repli de ses divisions, lance dans la bataille plus de 40 escadrons de cuirassiers.

Vilaine habitude qui remonte à la guerre de sept ans et, avant elle, aux guerres de Louis XIV, les autrichiens n’utilisent leur cavalerie que pour protéger l’infanterie. Frédéric II leur avait pourtant appris qu’elle pouvait faire la décision si elle était bien employée; mais ce jour-là ….

Mais la réserve de cavalerie générale de l’empire est présente : les généraux Nansouty et Saint-Sulpice contre chargent avec leurs propres cuirassiers. Huit régiments lourds s’ébranlent, une masse de près de 4 000 cavaliers bardés de métal.

« On entendait la terre trembler à une demi-lieue » (deux kilomètres !), racontera le capitaine Marbot, officier d’état-major du Maréchal Lannes. Marbot se fera l’une des plus belles peurs de sa vie. Envoyé porter un ordre, il tombe sur des grenadiers hongrois dans la rue principale d’Eckmühl. Son cheval est abattu et il reste bloqué sous la selle.

C’est alors qu’il entend le sol se mettre à vibrer sous lui.

Il tourne la tête, et, horrifié, s’aperçoit que plusieurs escadrons des « gros talons » prennent au grand trot la rue en question.

Il se souviendra toujours d’avoir vu les sabots des chevaux voler au-dessus de lui et le regard furieux qu’un cuirassier lui lance au passage.

Il en conclura aussi, en cavalier, qu’il est la preuve vivante qu’un cheval qui n’est pas épuisé évite toujours l’obstacle. A fortiori une brigade entière …

Dans un fracas effrayant, les escadrons de cuirassiers se rencontrent. La meilleure cohésion des escadrons français, et peut-être la plus grande rage au combat de nos cuirassiers, déstabilisent les autrichiens, dont les officiers donnent alors l’ordre fatal de retraite.

Ordre fatal car, contrairement aux français qui portent une cuirasse double, face et dos protégés, les cuirassiers autrichiens portent une cuirasse qui ne préserve que le coffre.

Tournant les talons, les autrichiens offrent alors aux français leur dos sans défense; les escadrons sont complètement mélangés, les uns poursuivant les autres : c’est le massacre.

On relèvera, après le combat, pour un cuirassier français mort ou blessé près de quinze autrichiens.

L’armée autrichienne vient de perdre l’essentiel de sa cavalerie lourde.

 

Passer le Danube à tout prix !

Le 20 avril au soir, l’Archiduc Charles qui sait lire une carte comprend tout à coup que son offensive est brisée et que, beaucoup plus grave, ses corps d’armée en pleine retraite ne sont plus en mesure de se soutenir mutuellement.

Napoléon, lui, est persuadé que la messe est en train de se dire, et dirige vers Landshut, ou il espère l’explication finale et rapide, l’essentiel de ses troupes pour refermer la nasse et isoler les autrichiens au sud du Danube.

Mais à la guerre, comme disait l’empereur, « tout peut arriver » et la belle manoeuvre de contournement va échouer.

Ici le hasard se nomme Ratisbonne. Cette ville sur le Danube que Davout avait évacué pour sauver son corps d’armée face à l’offensive ennemie. Il avait cependant laissé là-bas le 65ème de ligne commandé par le colonel Coutard, afin de bloquer ce point de franchissement.

Coutard voit d’un coup déferler sur lui plusieurs divisions autrichiennes qui cherchent à tout prix à se créer un passage de l’autre côté du fleuve. Malgré une défense superbe, et à bout de munitions, il est contraint à la reddition avec les débris de son unité.

L’Archiduc vient de voir s’ouvrir par miracle la porte de sortie du piège infernal ou il s’était laissé enfermer par l’empereur des français.

Napoléon, n’ayant pas l’information, fonce sur Landshut.

Le 21 avril, la ville est emportée d’assaut. Le général de division Mouton, aide de camp de l’empereur, prend le commandement direct d’un bataillon et passe le pont en « furia francese« . Napoléon, enchanté, dit à ses généraux avec un clin d’oeil : « mon Mouton est un lion ! »

Certes … mais pendant ce temps la majeure partie de l’armée autrichienne passe à toute allure le pont de Ratisbonne et se retrouve en sécurité relative sur la rive nord du Danube. Les français, triomphants, tiennent la rive sud.

Le 22 avril, revenu de son erreur d’appréciation, Napoléon est devant Ratisbonne, ou il est blessé à la tête de ses troupes. Rien n’y fait. Les landsers laissés sur place se font tuer pour permettre à leurs camarades de prendre du champ.

Davout avait été le premier à subodorer la manoeuvre de décrochement autrichienne de l’autre côté du fleuve. Un premier message en ce sens à l’empereur était resté sans suite.

Confirmé par les rapports de sa cavalerie légère, Davout a relancé Napoléon qui a aussitôt, en pleine nuit, donné les ordres nécessaires. La formidable mécanique de l’état-major impérial fonctionne à plein, et des dizaines d’officiers courant les routes à cheval créent une toile d’araignée quasi-permanente entre l’empereur et les corps d’armée en marche.

La première partie de la campagne se termine par un résultat spectaculaire, même s’il n’aboutit pas au but initial de destruction pure et simple du corps de bataille autrichien. En quatre jours, quatre victoires ont amené les troupes de Napoléon sur le Danube alors que les autrichiens étaient tranquillement entrés dans Munich le 17 avril …

Rédaction de Nord Actu

Crédit photo: wikipédia

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