La marche à la guerre

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Par Nord Actu – Publié le 4 octobre 2015 à 20 h 11 min

Napoléon est encore en Espagne, où il essaye de remettre « de l’ordre dans ses affaires », quand il apprend par sa diplomatie et ses services de renseignements militaires que l’Autriche est prête à sauter le pas.

On peut reprocher beaucoup de choses à l’empereur des français, mais sûrement pas un défaut de prévoyance.

Depuis 1806, de nombreuses troupes ont pris garnison en Allemagne. Au début de 1809, cette « armée d’Allemagne » a été confiée par l’empereur à celui qui est sans doute le meilleur de ses maréchaux : Davout.

 Le duc d’Auerstaedt commande un ensemble de près de 93 000 hommes. On y trouve son propre troisième corps monté en surpuissance à cinq divisions d’infanterie quand un corps classique en comporte en général deux ou trois.

Le corps du général Oudinot le renforce, avec deux divisions d’infanterie, une de cavalerie lourde et une de cavalerie légère.

Enfin, Davout dispose d’une réserve générale de cavalerie composée de deux autres divisions de cavalerie lourde. Napoléon savait n’avoir que faire de ses cuirassiers en Espagne : il les a laissé en Allemagne, des fois que ça se mette à sentir la fumée.

C’est beaucoup, beaucoup plus même que ce dont disposait Napoléon lui-même à Austerlitz, mais c’est peu en fait face à un adversaire potentiel en mesure de regrouper des forces deux à trois fois supérieures en nombre.

Davout est ainsi le seul des grands lieutenants à qui Napoléon confie sans hésiter ce qui est normalement son seul apanage : le commandement d’une armée complète et le contrôle d’un vaste territoire. Cette confiance ne sera pas déçue.

Ses fameuses affaires apparemment rétablies en Espagne, Napoléon a repris la route de Paris le 1er janvier 1809, en se faisant suivre de la garde impériale.

Apprenant que leur patron partait sans eux, les grenadiers l’ont très mal pris, craignant visiblement de rester dans une Espagne qui n’a en 1809 qu’un assez lointain rapport avec la costa del sol.

Face à ce mouvement d’une certaine catégorie de personnel, Napoléon leur a passé un savon maison : « alors comme ça Paris vous manque ? Vous voulez retourner voir vos p… ? Mais je vous tiendrai encore sous les armes quand vous aurez soixante-dix ans ! » Beau sens de la formule qui fait mouche; mouche que l’on entend alors voler dans les rangs tétanisés des grognards.

Nous espérions une guerre prochaine avec la France …

Revenu aux Tuileries, l’empereur décide dans un premier temps et selon son habitude de peser le rapport de forces en train de se créer.

Rapidement convaincu que l’Autriche va commettre l’irréparable, il renforce ses troupes en Allemagne en appelant aux armes les alliés de la Confédération du Rhin. On y trouve au premier rang la Bavière, qui regroupe à elle seule 30 000 hommes et est particulièrement intéressée à un conflit potentiel qui ne peut comme en 1805 que commencer sur son propre territoire.

L’empereur appelle aussi de nouveaux conscrits, car l’essentiel de l’ancienne Grande Armée est aujourd’hui engagée en Espagne.

En l’espace de trois mois, un ensemble théorique d’environ 400 000 hommes est ainsi formé, effectif encore inusité dans les armées napoléoniennes pour combattre sur un seul front.

Cependant, l’armée impériale qui va combattre, si elle dépasse largement par son chatoiement la Grande Armée de 1805 dont les uniformes étaient encore très largement de type révolutionnaire, est moins efficace, car moins entraînée et aguerrie.

Il va falloir que les régiments combattent de manière plus ramassée, ce qui entraînera des pertes plus lourdes. Les autrichiens étant d’ailleurs dans la même situation, une horrible compensation des pertes va alors jouer.

De même, nombre de maréchaux parmi les plus prestigieux sont eux aussi en Espagne.

Napoléon va être ainsi amené à appeler au service d’anciens généraux républicains qu’il avait par méfiance laissé de côté depuis 1804, ou qui n’avaient pas voulu servir le nouveau régime en train de se constituer.

C’est ainsi que Macdonald et Gouvion Saint-Cyr vont répondre présents cette fois, et gagner leur bâton de maréchal dans la campagne qui s’annonce.

En Autriche, on graisse les fusils. Le chevalier Von Thielen, futur général, écrira dans ses mémoires : « Nous espérions une guerre prochaine avec la France, espoir qui ne nous déçut pas puisque le 20 février 1809, l’armée fut mise sur le pied de guerre. Nous attendions tous les jours l’ordre de marcher ».

Effectivement, les autrichiens ne vont pas être déçus.

Les hésitations du Major-Général

Le maréchal Berthier, Major-Général des armées impériales, avait été dépêché par Napoléon pour commander les corps d’observation en Bavière. Il fait parvenir aux Tuileries le 12 avril un message laconique : « les autrichiens ont franchi l’Inn (affluent du Danube) : c’est la guerre. »

Rapidité des communications : les corps autrichiens sont entrés en campagne le 10 avril, et Napoléon est ainsi averti, à Paris, seulement deux jours plus tard.

Le 13 avril à l’aube, Napoléon quitte les Tuileries pour Strasbourg.

Le laconisme martial de son message masque à peine le fait que Berthier, s’il est un chef d’état-major exceptionnel, n’est en rien un chef de guerre.

Napoléon ne l’avait d’ailleurs pas envoyé pour prendre véritablement le commandement de l’ensemble en train de se former sous des maréchaux aussi expérimentés que Davout, Masséna et Lefebvre.

Le Prince de Neuchâtel s’est retrouvé dans la situation impossible de superviser de grosses épaulettes qui ont l’habitude de ne recevoir d’ordres que du Maître, et en plus il s’emmêle les pinceaux.

Attendant désespérément Napoléon, dont les directives par courrier accentuent son indécision, il prend la décision catastrophique de vouloir protéger toutes les lignes de pénétration à la fois.

Ce faisant, il isole le corps d’armée du maréchal Davout, qui se retrouve en pointe de flèche autour de Ratisbonne. Davout ne le pardonnera jamais à Berthier et fera savoir ensuite ce qu’il en pense.

L’empereur pour sa part résume la situation dans un courrier d’anthologie à son Major-Général : « Ce que vous avez fait là me paraît si étrange que, si vous n’étiez mon ami, je croirais que vous me trahissez, car enfin Davout se trouve en ce moment plus à la disposition de l’Archiduc Charles qu’à la mienne ».

Une guerre sur plusieurs fronts

Si nous concentrerons notre propos sur la campagne d’Allemagne, la plus importante, il ne faudrait pas passer sous silence deux autres campagnes qui auront une grande influence sur la guerre.

Dans le Grand-Duché de Varsovie, le général Prince Poniatowski mobilise une petite armée polonaise qui tiendra la dragée haute à une armée autrichienne sous les ordres de l’Archiduc Ferdinand, et surtout la fixera à l’est, l’empêchant ainsi de venir renforcer le principal corps de bataille lors de la grande explication de Wagram.

En Italie du Nord, dans le royaume d’Italie, le prince Eugène de Beauharnais, vice-roi, aura pour tâche de son côté de bloquer une autre armée autrichienne commandée par l’Archiduc Jean.

Il échouera d’ailleurs et, l’une suivant l’autre, les deux armées se retrouveront à Wagram auprès de leurs masses respectives.

Le général Marmont, à la tête du XIème corps, effectuera pour sa part une marche d’approche exceptionnelle depuis la côte dalmate et viendra également renforcer l’empereur à Vienne.

A tous ces mouvements tactiques s’ajoutera une campagne périphérique d’une extrême violence dans le Tyrol.

Léopold Noël

Crédit photo: wikipédia

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