Interview du président du Cercle Michel De Swaen

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12/04/2016 – 20h30 Lille (Nordactu.fr)

Ce week-end avait lieu le banquet annuel du cercle Michel De Swaen, association culturelle qui fait la promotion de l’identité flamande depuis 45 ans de ce côté-ci de la frontière. L’occasion pour Nord Actu de rencontrer Michel Lieven, le président du « cercle ».

INTERVIEUW

NA –  Michel Lieven, vous êtes le Président de l’association « Michiel De Swaen Kring – Cercle Michel de Swaen ». Ce nom n’évoque aujourd’hui que peu de choses aux habitants de notre région. Qui était Michel de Swaen ?

ML –Je suis en effet Président de l’association depuis 2009 maintenant. Le choix du nom « Michel de Swaen » par les fondateurs n’est pas un hasard, c’est un écrivain de langue néerlandaise, natif de Dunkerque, contemporain de Jean Bart, qui a continué à écrire dans sa langue malgré l’occupation de Dunkerque par les Français. Il aurait pu s’exiler aux Pays Bas comme d’ailleurs bon nombre de ses contemporains pour fuir l’oppression de l’administration  de Louis XIV. C’est un écrivain qui est encore aujourd’hui étudié en lettres classiques aux Pays Bas, en Flandre Belge et aussi en Afrique du Sud. Hélas, pas du tout chez nous en Flandre française. C’est d’ailleurs sous ce prétexte d’être un inconnu que l’on a débaptisé le collège de Petite-Synthe, il y a quelques années pour lui donner le nom de Me Lucie Aubrac… Je ne suis pas convaincu que cette dernière soit plus connue par les élèves qui fréquentent cet établissement.

NAL’association Cercle Michel de Swaen existe depuis 1971. Quels buts poursuit-elle et quelles sont vos activités ?

ML – Les fondateurs de notre association sous la direction de Michel Galloy, architecte multi-lingues, ont, lors de la création de l’association choisi le nom de Michel de Swaen, car c’était un réel esprit de résistance à l’administration de Louis XIV que de continuer à écrire en néerlandais. Il faut aussi savoir que Michel de Swaen était aussi ce que l’on dirait aujourd’hui « conseiller municipal » de la ville de Dunkerque. Le « Cercle » a donc un objectif, c’est de défendre et promouvoir l’enseignement du néerlandais. Il avait d’ailleurs pendant plusieurs années assuré des cours de néerlandais sur le Dunkerquois. Mais ce n’est pas le seul objectif de l’association. Il y a une claire volonté de défendre non seulement nos traditions flamandes, mais aussi l’architecture et les paysages ruraux qui sont notre identité visuelle, ce que peut percevoir tout étranger qui vient en Flandre. Nous sommes aujourd’hui des éveilleurs de la conscience flamande. Nous tenons des stands lors de fêtes locales, nous assurons une émission mensuelle sur les ondes de Radio Uylenspiegel chaque 3ème samedi du mois de 10 à 12 h. Nous animons une page FACEBOOK (MDSK). Nous avons mis en chantier un site internet, et nous publions une revue « VLAANDEREN DEN LEEUW – FLANDRE AU LION ».

Stand du MDSK

Stand du MDSK

NAVos activités sont-elles circonscrites à la frontière délimitant la Flandre française à celle du Nord ? Comptez-vous des soutiens de l’autre côté de la frontière ?

ML – Pour nous la frontière est une plaie faite par l’histoire. Au sein du Cercle Michel de Swaen, cette « schreve » est une blessure qui ne nous interdit pas de rester dans la conception d’une et seule Flandre au sein des Grands Pays Bas. Nous avons des militants des 2 côtés de cette « frontière » et d’ailleurs notre secrétaire général, mon ami Karel Appelmans,  est originaire de la Flandre du Nord. Nous avons même eu par le passé un président qui était bruggeois, j’étais alors moi-même secrétaire de l’association.

NALa défense de l’identité régionale peut paraître hors de propos à l’heure de l’Union Européenne. Qu’est-ce qui vous incite à poursuivre vos actions en faveur de la Flandre ?

ML – L’argument de nos détracteurs restent « vous vous repliez sur vous-mêmes », « vous êtes des nostalgiques du passé »… Or c’est tout le contraire, et les événements qui secouent actuellement l’Europe et la France le démontrent bien. Les peuples d’Europe souffrent de la dictature – disons franchement les choses – la dictature, dis-je de ces bureaucrates non élus de Brussels et de Strasbourg. L’Union Européenne dicte ses lois sans jamais consulter les peuples d’Europe. Pire, lorsque l’un de ses peuples, comme l’Écosse, la Catalogne pour ne citer que ces deux-là, osent demander leur indépendance, l’UE  menace entre autres de les exclure de la zone Euro comme si ces pays amis n’étaient plus européens… L’Europe aux cent drapeaux proposée par Yann Fouéré depuis des décennies est assurément la vraie Europe démocratique à laquelle nous aspirons car là le pouvoir est proche des peuples. Pour notre Flandre française, certaines consciences pourtant d’essence jacobine réalisent qu’il nous faut faire un virage à 180°, se tourner non plus vers Paris mais vers Brugge, Gent, Kortrijk, Amsterdam, notre bassin politico-économique naturel. Martine Aubry en encourageant la création de la grande Euro-métropole avec Tournai et Kortrijk va dans ce sens, comme Jean René Lecerf qui préconise d’enseigner le néerlandais pour que nos jeunes de Flandre française puissent saisir les opportunités d’emplois, Xavier Bertrand, président de la nouvelle région ne dit d’ailleurs pas autre chose.

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NALe Cercle Michel de Swaen promeut la langue néerlandaise au détriment du dialecte flamand du Westhoek. Pourquoi ce choix ?

ML – Tout d’abord je dois rectifier votre propos. Nous ne négligeons aucunement le dialecte flamand, le vlaemsch. Le vlaemsch fait partie intégrante de la famille néerlandaise. Le vlaemsch est l’expression de ce que nous appelons l’oud- nederlands, le vieux néerlandais. Pour s’en convaincre il suffit de consulter les ouvrages des nombreux auteurs de cette langue qui ont écrit aux XVII et XVIIème siècle. Si notre vlaemsch n’a pas pu évoluer, ce n’est pas la faute des habitants de la partie de la Flandre devenue française. Les autorités françaises au fil du temps n’ont cessé de réprimer cette langue en interdisant de non seulement l’enseigner mais même de la pratiquer. Rappelons-nous cette inscription sur les murs de Berthen « Interdit de cracher parterre et de parler flamand » !

Aujourd’hui le néerlandais a été standardisé, comme de nombreuses langues en Europe, aussi nous préconisons l’enseignement de cette langue qui permet de mieux intégrer les Grands Pays Bas, se faire comprendre par  quand même plus de 23 millions de locuteurs néerlandais qui sont aussi nos plus proches voisins. Pour trouver un emploi c’est aussi plus simple et aussi plus commode pour pouvoir monter dans la hiérarchie de l’entreprise.

NA Le dialecte flamand n’est pas reconnu par la Charte des langues régionales et minoritaires et le néerlandais est perçu comme langue étrangère. Comment voyez-vous l’avenir du flamand en Flandre française ? Existe-t-il, selon vous, une volonté de disparition programmée ?

ML– Il est évident que Paris n’a qu’une ambition : faire disparaître les langues régionales et le vlaemsch n’y échappe pas. Pire, Paris n’a pas retenu notre « vlaemsch » sous le prétexte fallacieux  que cette langue est langue étrangère, c’est un mépris total de notre histoire. Nous travaillons activement sur ce dossier. Avec nos amis Alsaciens, nous avons tenu le 4 mars à Dunkerque une conférence à ce sujet.

Michel Lieven sur le terrain.

Michel Lieven sur le terrain.

NADernière question : le Conseil régional nouvellement élu a préféré l’appellation marketing « Hauts de France » à celle des noms historiques des terroirs de notre région. Que cela vous inspire-t-il ?

ML – Comme vous le dites si bien, le Conseil régional a choisi un nom marketing « Les Hauts de France ». Les Alsaciens sont dans le «  Grand Est » ! Le choix de ces noms est complètement ridicule et contre-productif. Encore une fois on se positionne par rapport à Paris, or nous sommes en Europe et je serais curieux de connaître la réaction des Bavarois, des Écossais, des Catalans quand ils entendent le nom de nos régions ! Sauront- ils positionner ces régions sur l’échiquier européen ?

NA – Comment entrer en contact avec votre association ?

ML – Ceux qui sont intéressés, qui veulent en savoir plus, peuvent nous  écrire au siège de l’association soit HUYZE DE ZWAAN – 16 rue Gabriel Péri 59251 Allennes les Marais ou directement via mon adresse mail : lieven.michel@wanadoo.fr

Rédaction de Nord Actu

Crédit photos : DR

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