Jheronimus Bosch, Visions de Génie au Noordbrabants Museum, Bois-le-Duc

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27/04/2016 – 21h45 Lille (Nordactu.fr)

Voici maintenant cinq cents ans que le vénérable Jheronimus van Aken s’en est allé.

Triptyque du Chariot de foin, 1510-1516, huile sur bois, volet gauche 136,1x47,7 ; panneau central 133x100 ; volet droit 136,1x47,6, Madrid, Musée du Prado

Triptyque du Chariot de foin, 1510-1516, huile sur bois, volet gauche 136,1×47,7 ; panneau central 133×100 ; volet droit 136,1×47,6, Madrid, Musée du Prado

Plus connu sous le nom de Jérôme Bosch, cet artiste hors du commun est né aux alentours de 1450 dans la ville de Bois-le-Duc, s’Hertogenbosch en néerlandais. C’est à ce toponyme que l’artiste doit son nom, et c’est au sein du Noordbrabants Museum de cette charmante localité que se tient, depuis février et jusqu’au 8 mai 2016, une exposition exceptionnelle en son honneur.

La Passion, 1490-1495, huile sur bois, 63x43,2, Berlin, Staatliche Museen zu Berlin

La Passion, 1490-1495, huile sur bois, 63×43,2, Berlin, Staatliche Museen zu Berlin

L’œuvre de Jérôme Bosch, si elle est relativement restreinte – seulement 25 peintures de sa propre main, et à peu près autant de dessins, nous sont parvenus – n’en finit pas de nous émerveiller. L’étourdissante profusion de formes et des figures contrefaites et tourmentées, démons, monstres et créatures hybrides, confrontés à des anges, à des pécheurs ou à des saints, marque durablement quiconque se laisse prendre au jeu de la contemplation d’une peinture de l’artiste néerlandais.

L’exposition du Noordbrabants Museum présente une vingtaine de peintures de Bosch, dont quatre triptyques et quatre panneaux peints des deux côtés, ainsi que dix-neuf dessins et sept panneaux issus de son atelier ou de suiveurs confirmés, en plus de quelques soixante-dix œuvres variées destinées à éclairer certains aspects de la peinture du maître, et parmi lesquels on se réjouira de trouver une magnifique gravure de Dürer, Saint Jérôme dans le Désert.

L’exposition se déroule en parallèle à un projet intitulé BRCP, Bosch Research & Conservation Project, un vaste programme international comprenant plusieurs restaurations et une analyse extrêmement approfondie de l’œuvre de Bosch, dont on peut apprécier l’étendue et le résultat sur le très instructif site internet : http://boschproject.org/ Cette campagne de conservation, d’étude et de restauration, sur le modèle de celle qui est menée depuis 2012 sur le retable de l’Agneau mystique des frères van Eyck aujourd’hui visible au sein de la cathédrale de Gand, permet pour la première fois d’apprécier douze peintures de Jérôme Bosch sous un jour nouveau.

Le Jugement Dernier, vers 1495-1505, huile sur bois, volet gauche 99,5x28,8 ; panneau central 99,2x60,5 ; volet droit 99,5x28,6, Bruges, Groeningenmuseum

Le Jugement Dernier, vers 1495-1505, huile sur bois, volet gauche 99,5×28,8 ; panneau central 99,2×60,5 ; volet droit 99,5×28,6, Bruges, Groeningenmuseum

La scénographie de l’exposition est irréprochable, l’ensemble des moyens déployés pour mettre en valeur chaque œuvre est remarquable. Le parcours articulé autour de six thèmes – le pèlerinage de la  vie humaine, Jérôme Bosch à Bois-le-Duc, la vie du Christ, Bosch dessinateur, les saints, la fin des temps – est très intéressant, et ponctué de moniteurs permettant d’apprécier encore davantage de détails, ou de prendre connaissance de repentirs bouleversant la composition originale par exemple. La pénombre qui baigne le vaste espace d’exposition est une excellente idée, elle permet de s’immiscer pleinement dans les univers bigarrés, à la fois grotesques et émouvants, du peintre de Bois-le-Duc. Il faut noter qu’en dépit de la fragilité extrême de ces panneaux datant d’un demi-millénaire, les conditions d’exposition sont telles qu’il est tout à fait possible de s’approcher à loisir de chaque peinture, ce qui est particulièrement bienvenu ici.

Seule bémol concernant l’exposition dans son ensemble : le célèbre triptyque du Jardin des Délices fait figure de grand absent au sein du magnifique corpus d’œuvres réunies à Bois-le-Duc. Le musée du Prado n’a pas jugé souhaitable de se défaire de ses précieux panneaux de bois, officiellement pour des raisons de conservation, et  il faudra donc se contenter à Bois-le-Duc du panneau central et du volet de gauche du Jardin des délices de la main de suiveurs, très qualifiés cependant.

Le Vagabond, vers 1500-1510, huile sur bois, 71,3x70,7, Rotterdam, Museum Boijmans

Le Vagabond, vers 1500-1510, huile sur bois, 71,3×70,7, Rotterdam, Museum Boijmans

Comme bien souvent avec les expositions majeures, celle de Bois-le-Duc est victime de son succès et l’affluence y est souvent terrible. Cependant je ne saurais trop vous recommander de vous rendre au Noordbrabants Museum avant le 8 mai si vous en avez la possibilité, c’est une occasion unique de vous confronter à l’une des plus grandes figures de l’art médiéval européen. Au reste la ville de s’Hertogenbosch est charmante, la cathédrale est étonnante et mérite largement le détour. Et si le vent froid des terres nordiques vous effraie, sachez qu’une exposition similaire se tiendra à Madrid à partir  du 31 mai 2016 !

Paysage Infernal, plume et encre brune sur papier, 25,9x19,7, collection privée

Paysage Infernal, plume et encre brune sur papier, 25,9×19,7, collection privée

Lyderic

Vente de billets en ligne :

https://tickets.hetnoordbrabantsmuseum.nl/nl/jheronimus-bosch

 

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