Prise d’otage à la prison de Vendin-le-Vieil: un surveillant témoigne.

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06/07/2016 – 23h15 Lens (Nordactu.fr)

Mardi à 13h45, Maison Centrale de Vendin-le-Vieil, l’alerte est donnée : 2 détenus, parmi les plus dangereux de France, viennent de prendre un surveillant en otage. Aussitôt, un dispositif composé des ERIS et du RAID régional se met en place. Après trois heures de négociations intenses, l’otage est relâché et les deux forcenés se rendent sans résistance. C’est la seconde prise d’otage en 1 an et demi d’existence pour cette prison de haute sécurité qui renferme les détenus les plus dangereux de l’administration pénitentiaire française. Le personnel dénonce depuis le début leurs conditions de travail, nous avons souhaité en savoir plus.

Grégory Strzempek, délégué du syndicat pénitentiaire UFAP local, a répondu aux questions de Nord Actu :

NA : Comment s’est déroulé la prise d’otages ?

GS : Un détenu a réussi à s’infiltrer au niveau du rez-de-chaussée pour voir un de ses copains en invoquant une raison futile, donc les surveillants ont ouvert la porte. Sur ce, un des détenus a attiré l’attention d’un surveillant, et l’a neutralisé avec un pic (une arme artisanale), à ce moment-là le deuxième détenu a essayé de prendre en otage sans succès un autre surveillant qui s’est débattu et ils se sont retranchés dans une cellule. L’alerte a été immédiatement donnée.

NA : Quel est le profil des deux preneurs d’otages ?

GS : Ce sont deux détenus « gros profils », c’est pas des enfants de chœurs, des très très longues peines ! (l’un serait condamné pour assassinat, le second pour meurtre)

NA : Au quotidien quelles sont les relations entre les surveillants et les détenus ?

GS : Elles sont plutôt bonnes contrairement à ce que l’on pourrait croire à l’extérieur, il s’agit de relations de confiance (…) dans 95 % des cas, les détenus sont assez respectueux.

NA : Pour le moment seuls 83 détenus sont regroupés à la maison centrale de Vendin-le-Vieil, à terme cette population devrait passer à 210 individus, comment pensez-vous gérer la situation avec les moyens dont vous disposez ?

GS: En fait, les effectifs vont passer à 120 détenus maximum en attendant que la 3ème structure soit opérationnelle. En tant que surveillants, on a un problème majeur : un problème d’effectifs au niveau des surveillants de base, ce qu’on appelle les 1er échelon.

NA : Est-ce que la Maison Centrale de Vendin-le-Vieil peut être comparée aux pénitentiaires dits « supermax » comme on les surnomme en Amérique du Nord, et qui concentrent les détenus les plus dangereux ?

GS: Nous on les compare plutôt aux anciens QHS (quartiers de haute-sécurité), mais version « sociale », c’est-à-dire en mieux : la sécurité de par les infrastructures, les 480 caméras haute-définition, les interphones électroniques, au niveau de la technologie, c’est le top ! Au niveau social, ils ont des activités au niveau des ateliers de menuiserie, du sport quasiment 2 fois par jour, on leur permet de travailler, il y a un gros effort porté sur l’aspect social.

NA : Est-ce que vous constatez un phénomène de bandes parmi vos détenus ?

GS: Pas vraiment, en fait il faut savoir que les détenus en Maison Centrale viennent de toute la France et même des DOM TOM, en général on les garde 3 mois, 6 mois ou 1 an avant de les « rebaluchonner » dans d’autres établissements. En général, les braqueurs vont avec les braqueurs, les types qui sont là pour affaires de mœurs font leur vie à part, après y a les radicalisés. On a des anciens ou des possibles futurs terroristes dans nos murs, on le sait très bien.

NA : Par rapport à la tragique attaque terroriste au domicile d’un couple de policiers à Magnanville, est-ce que vous surveillants pénitentiaires, vous vous sentez menacés également ?

GS: Une note émanant de la Garde des Sceaux est sortie aujourd’hui pour prévenir les surveillants de menaces réelles. Des surveillants ont déjà été agressés, tabassés à un feu rouge par 2 ou 3 mecs, etc… Des surveillants sont régulièrement suivis dehors, oui c’est clair, on redoute une agression comme contre le couple de policiers de Magnanville.

Monsieur Strzempek, merci d’avoir accepté de témoigner.

Rédaction de Nord Actu

Crédit photo : DR

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